Luidji : Plus que du rap... de la musique

Ce vendredi 26 Avril est sorti un album assez particulier, c'est « Tristesse Business Saison 1 », et s'il est si particulier c'est parce que c'est le tout premier de Luidji. Cet album était déjà très attendu par son public car le dernier projet que l'artiste ait sorti remonte à 2015, il s'intitulait « Mécanique des fluides ». Après ça nous avons eu la chance de pouvoir écouter le morceau « Appel manqué » en featuring avec Dinos en 2017, et depuis cette période Luidji a toujours sorti des sons assez régulièrement jusqu'à créer la playlist « Foufoune Palace Bonjour ». Ce nom est à l'origine celui du Label que le rappeur à officiellement créé en Juillet 2018, il reste néanmoins indépendant et c'est une chose qu'il souhaite garder : il explique notamment dans une interview qu'il ne se sentait pas libre, il avait du mal à s'exprimer librement. Nous pouvons également le comprendre quand il dit « j'croyais aux maisons de disques jusqu'à ce qu'on me demande de faire une version trap de Johnny Halliday » dans le son 3 ans. Cependant, il a complètement enterré ce problème d'expression avec son tout premier album « Tristesse Business Saison : 1 » dont on va parler aujourd'hui !
Playlist Foufoune Palace Bonjour :
Spotify : https://open.spotify.com/playlist/695iDOn78D8GbX3onVd5P0
I. Présentation

Cet album est donc le premier de Luidji, il ne manque pas de nous le rappeler à travers ses sons et interviews, ça marque un vrai palier pour lui. Il raconte que c'est pour lui une sorte de concrétisation de carrière, un peu comme le fait de créer son propre label. Il y a donc 17 tracks pour un total de 51 minutes d'écoute, ce qui reste plus court que la moyenne en général. La cover a été réalisée par Fifou (qu'on ne présente plus tellement il est présent dans l'industrie du rap aujourd'hui) et Remimedi qui est le designer de l'équipe de Foufoune Palace. Chaque morceau dans l'album a une signification et une place bien précise, c'est de cela dont nous allons parler dans un premier temps.
II. Storyteller
Luidji avait sorti quelques extraits de l'album au préalable : Mauvais Reflexe, Néons rouges/Belles chansons, Femme flic, Tu le mérites et Vent d'hiver. Pour les quatre premiers sons il avait eu l'idée de publier sur ses réseaux des pellicules qui sont des explications écrites du morceau en question et c'est assez pratique pour mieux comprendre le point de vue et le ressenti du rappeur.
Il avoue en interview sa volonté de faire passer un sentiment plus qu'un message, il souhaite toucher les cœurs. De ce fait, il compte sortir une pellicule par titre a un rythme inconnu, à la fois pour continuer de faire vivre l'album et pour que son public en perçoive bien tous les détails. Si vous lisez cet article avant d'avoir écouté l'album, je vous conseille d'arrêter votre lecture dès maintenant car ce projet est comme un film ou une série, connaitre l'histoire avant gâcherait tout le plaisir. Cela étant dit, commençons.
Pour résumer Luidji relate dans la globalité l'histoire de deux femmes qui ont marqué sa vie, comme il le dit ce sont les deux seules femmes qu'il ait aimé dans sa vie. Il y'a Agoué qui est la première, il raconte être resté avec pendant 4 ans et lui dédie la moitié des titres de son album, ensuite il y a Erzulie, avec qui il a trompé Agoué durant la quatrième année de relation. Dans Système il raconte le moment ou sa copine a découvert l'adultère et sa réaction : « Mes excuses comme un petit pansement sur sa fracture ouverte, je l'ai perdue. ». Le morceau juste après est Le remède, il explique dedans avoir fait le deuil de cette relation et être passé à autre chose en quelque sorte. L'histoire est assez compréhensible même si c'est tout de même plus agréable en lisant les pellicules car on a ce sentiment génial de quand on se rend compte que tout est lié et que votre cerveau fait le lien entre tous ce que vous avez compris jusque-là indépendamment des autres, c'est un sentiment jouissif qu'on ne retrouve pas dans n'importe quel album. L'ordre des morceaux étant celui chronologique des choses, cela facilite d'autant plus la compréhension.
Pellicules :
-Néons rouges/belles chansons : https://twitter.com/LuidjiAlexis/status/1053012339346300928
-Mauvais reflexe : https://twitter.com/LuidjiAlexis/status/1066809102100299781
-Femme flic : https://twitter.com/LuidjiAlexis/status/1108473506168270850
-Tu le mérites : https://twitter.com/LuidjiAlexis/status/1120069457324408834
III. Les mélodies

Cette partie est très importante car c'est l'un des points forts de l'album. En effet aujourd'hui dans le rap, le système est assez complexe car les gens sont attirés d'abord par la mélodie, bien plus que les textes en général donc certains rappeurs bossent à fond la musique avant tout. Même si c'est un choix honorable, ce n'est pas le cas de Luidji qui apporte une nouvelle fraicheur dans les deux aspects qui font ce qu'est le rap. Cela commence avec les prods qui sont notamment faites par Ryan Koffi et Pee Magnum qui ont produit les trois quarts de l'album, ils ont toujours accompagné Luidji et créent vraiment une alchimie.
Luidji a toujours fait de la musique dans laquelle il parle de sa vie et n'a pas réellement de tabous, c'est d'ailleurs par cela qu'il a su se démarquer très tôt, il n'a par exemple jamais hésité à chanter et à se démarquer de cette vision si brute qu'on pouvait avoir du rap pendant ces années-là. Cependant cet album dépasse certains codes, comme par exemple l'intro qui est une sorte d'interprétation d'une chanson d'amour mélo dramatique sur une scène d'un petit café-théâtre en 1990. Puis une des particularités quand même c'est que l'on suit un rythme aquatique durant toute l'écoute, allant de la plénitude de la mer pour les meilleures périodes a de grandes vagues pour les pires, et là encore c'est quelque chose de nouveau. Il y a donc une réelle prise de risque car en y regardant de plus près c'est plus que du rap, on ne devrait même pas essayer à tout prix de le rentrer dans une case. Je pense qu'un artiste peut s'estimer être devenu un vrai artiste quand on peut dire « Ça, c'est du Luidji », dans le sens où il a créé son style sans se soucier de ce que font les autres. Je pense notamment à Le remède (qui est selon beaucoup le meilleur titre de l'album) qui pourrait passer en radio, et si on a ce ressenti d'ouverture au niveau de la culture c'est également parce que ce projet est très doux, quelques mélodies de guitare en fond, Ryan Koffi a la prod et Luidji au microphone, de grandes chances d'avoir un tube.
Puis il y a bien évidemment aussi Veuve Clicquot qui a une instrumentale qui ne sonne pas du tout rap mais plus Disco années 80 je dirais. Je ne vais pas décrire toutes les prods de l'album une par une même si j'en ai envie parce que ça ne serait pas très intéressant mais vous avez compris l'idée. Pour finir sur les mélodies, je pense que si l'album arrive à toucher un assez grand public, il pourrait changer pas mal de choses dont les mentalités, le travail d'autres artistes et tout ce qui touche de près ou de loin le milieu du rap, déjà même le fait qu'il ait tout fait en indé montre qu'il est capable de grandes choses.
IV. Conclusion
Si je devais résumer cet album a quelqu'un je pense que je ne pourrais pas, il est beaucoup trop spécial et typique pour pouvoir exprimer les sentiments qu'on ressent en l'écoutant en seulement quelques mots. En fait de base un album c'est assez personnel aussi bien du point de l'artiste que de celui qui l'écoute, d'ailleurs on le voit de par la diversité qu'il y'a aujourd'hui, s'il y avait un goût universel tout le monde aimerait les mêmes choses et ce n'est pas le cas. Or ici c'est encore différent car en plus d'être un album différent donc qui touchera un autre public et qui séduira peut-être moins de monde, les textes sont très personnels. C'est quelque chose qui en soit n'est pas si rare que ça, beaucoup d'artistes se livrent dans leurs morceaux mais ici c'est amené d'une manière différente car Luidji nous invite à entrer dans son monde, suivre tout ce qu'il a vécu de son point de vue et quelques fois du point de vue de l'autre. C'est assez courageux et risqué à la fois, courageux car se livrer autant à des inconnus sur des sujets qui nous ont marqués ce n'est pas forcément facile, puis je trouve ça risqué car cette démarche peut brusquer l'auditeur qui se retrouve embarquer dans quelque chose qui le dépasse en quelque sorte. Et c'est également par rapport à ce point que l'on voit qu'il a réussi car de tous les avis récoltés personne n'a eu cette impression. Comme je l'ai dit plus haut avec cet album il a réussi, selon moi bien sûr, à s'imposer en tant que vrai artiste, car il a un style unique que personne ne fait et cette originalité le fait se démarquer. Pour finir, Luidji c'est bien plus que du rap, c'est de la musique !
Lien vers l'album :
Spotify : https://open.spotify.com/album/4Q8ppjiVIpnjBLfe93MLQa
Deezer : https://www.deezer.com/en/album/92570482
Apple Music : https://itunes.apple.com/us/album/tristesse-business-saison-1/1459225373
V. Bonus
Citations :
"Mon ex, mon gosse j'voulait pas qu'elle porte donc j'ai dû inventer réinventer avorter la vérité"
"Elle à pleuré chaque soir pendant des mois, mais j'restait la j'avais pas l'choix j'voulais pas faire le lâche plus que je l'étais déjà, je l'ai jetée en enfer… mes excuses comme un petit pansement sur sa fracture ouverte, je l'ai perdue"
"J'croyais aux maisons de disque avant qu'on me demande de faire une version trap de Johnny Halliday"
"Pour arrêter d'y penser j'me dis qu'elle se fait déglinguer par un mec au hasard qu'elle aurait croisé au hasard sur sa route"
Mon Top 3 (morceaux) :
1) Système
2) Le remède
3) Gisèle - Part 4
